Samedi 21 juin 2008



    Effacer les traces d’un amour, c’est faire disparaître les indices d’un crime, d’un assassinat, où il n’y aurait ni victime ni bourreau, mais juste la constatation froide et implacable de la mort. C’est tenter d’ensevelir les empreintes de douceurs, de caresses, de tendresse, de sueurs, de regards furtifs, complices, de rencontres, de mots doux, de colères, de souffrances, de rabibochages à la hâte, de pensées intimes, si intimes, de câlins, de baisers, de peaux, de sang, d’ infini, d’espoirs, d’espérance encore et encore, de discusions interminables, d'humour partagé, de petits plats mijotés avec amour justement, de départs déchirants, de larmes, d’attentions, de retrouvailles, d’affection éperdue, de vie intense, si intense, d’étreintes, de réveils amoureux…
    C’est laisser venir les déchirures, l’incompatibilité d’humeur, les rancunes, l’incompréhension, l’insatisfaction, l’amour, l’amour, l’amour inassouvi, non partagé, effacé, oublié, vendu, soldé, livré au saccage, aux chiens, c’est le livrer à l’oubli, à l’esclavage, à la peur, à l’orgueil, au néant, aux oubliettes, à la désespérance de ne jamais atteindre son île de paix…
            …où,
    Les caresses, les colères, les discussions interminables, les regards, les incompréhensions, les petits plats cuisinés, les paroles, les messages complices les câlins, les tendresses, les incertitudes, les réconciliations, les baisers furtifs, les élégances de sentiments, les mains tenues, si fort, les corps mêlés, la vie partagée,  seront enfin de l’amour avec tout ce dont l’amour est capable…
    Le deuil prend un temps infini, il pèse lourd, circule dans les veines en y faisant des allers et retours sans pitié, creusant le sillon de la souffrance, remuant l’arme du crime dans la plaie comme si l’on payait quelques fautes commises ailleurs, dans d’autres vies antérieures ou pas.
    Cela prend tout son temps pour faire comprendre l’incompréhensible, impossible à percevoir sans éprouver, sans épreuves, sans vécu, sans l’expérience…   
    Alors, on a beau résister, clamer son innocence, le juge est impitoyable et, au bout du compte, finalement juste. On se fait son avocat du diable, on s’invente des excuses, on cherche toutes les issues possibles …
    Mais aucune aide ne viendra, on le sait ! Pourtant on insiste, puisant dans sa foi la plus mauvaise, dans les illusions les plus perdues, on insiste encore et encore…On se pose en victime, on pactise avec son criminel, on lui trouve des circonstances atténuantes…Infatigable, on retourne sur les lieux du crime, pour voir. On joue sans atouts et l’on tombe dans le mille, balle en plein cœur. On fléchit, on met un genou à terre pour une demande en grâce et l’on implore : «  Epargnez-moi, je reconnais mes fautes ! »
    Alors le procureur annonce sa sentence :           
        Condamné !
    À subir à perpétuité toutes les émotions  du deuil, du souvenir, du désenchantement, de la lucidité et de l’examen de sa conscience embrumée.
    Sans bruit, les grilles de la prison du cœur se referment sur la réalité des faits : j’ai mérité ma peine, je n’ai rien vu, mal-aimé…
    Une ultime question reste en suspend : « Ais-je appris ? »
L’avenir seul connaît la réponse. Mes années d’exil permettront-elles la descente dans les enfers expiatoires qui brûleront à jamais les reflets des sentiments entrevus dans les miroirs des amours illusoires?
    L’enfer, ce ne sont pas les autres, mais soi. Sa nature inachevée, aveugle qui résiste au don la peur au ventre qui fuit la vérité des choses comme la peste qui refuse de se laisser aller à l’amour, le juste, le vrai, l’incomparable, l’ineffaçable et qui tombe malade d’avoir refusé l’évidence…
    Il y a bien une mise à mort, mais on se trompe sur l’identité du criminel. Celui qui doit mourir, c’est soi ! Ce moi parasite gonflé de certitudes, d’interdits inutiles, de désirs de sécurité, de volonté de conserver un pouvoir vain. Et, s’il y a un bourreau, c’est encore soi, seul capable de couper la tête au tortionnaire. Il y a une mort à exiger, certes, la sienne ! Cette personne maligne qui vit en nous comme un parasite, in intrus, prit en flagrant délit d’assassinat affectif.
    Finalement, à bout de souffle, on s’avoue vaincu, on se soumet, l’affaire est conclue… le jury de l’analyse exprime enfin le fruit de ses délibérations :

    Le verdict de la conscience est rendu…
    « Libre de choisir… »
         
   

par françoise de celigny publié dans : maviedecriture
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Vendredi 25 avril 2008
 Dans la belle salle des sculptures romaines, là où trône en haut de l'escalier la Victoire de Samothrace,
la bête est lâchée!
Hélas, trois fois hélas, cela aurait pu être comique, voire provocateur, et...
cela n'a été que pathétique!
Piqué par une mouche ayant sniffée quelque substance illicites, Jan Fabre court de droite à gauche de la galerie abritant les statues et sarcophages de la collection Borghèse suivi par un staff caméra-son-photo aux yeux exorbités tant ils savent que l'instant est crucial: faut pas rater un centimètre de pellicule devant ce fou lâché en liberté, ça va valoir cher! L'espace vibre de stupeur à chaque assaut à la fois verbal et gestuel de ce personnage piétinant comme un malotru l'héritage artistique français.
Hurlant, gesticulant, déblatérant dans un anglais incompréhensible des grognements hystériques et confus, à un certain "Jeannot" dont on ne sait rien, et interpellant  par moment le résident de la République,...bref, on est soudain projeté dans une folie, qui finalement n'est pas si douce, voire contaminante à regarder la mine réjouie de certains spectateurs persuadés d'assister au spectacle le plus "in" du moment, d'en faire "partie".
Quand on lit le communiqué de presse, ça à l'air très alléchant pourtant!:
"Fabre pour l'occasion prête une performance dans laquelle il se déguise en d'innombrables personnages de la pègre, métaphore de la métamorphose et de l'évasion, métamorphose de l'identité qui est toujours la même et toujours différente et le réalise dans cette salle qui accueille la Nike de Samotracia" Giacinto di Pietrantonio.
Jan Fabre est présenté comme un plasticien:"...guidant une méditation nocturne où l'artiste s'identifie à une nouvelle figure: celle d'un "gangster" face au musée et à son autorité".
Mais avec son accord, bien sûr!
Pourquoi les mots sont-ils, en ce qui concerne  un certain art contemporain totalement en désaccord avec ce qui est réellement présenté!
Devant un public médusé, inerte, mou, gobant sans réagir la pantomime incohérente qui passe et repasse devant eux, Le "performer" nous livre le spectacle désolant d'une escroquerie issue des années 70,totalement dépassée, moribonde datant de la préhistoire de l'art "moderne".
Le communiqué de presse souligne que le parcours par Jan Fabre dans les collections du musée :"...peut être perçu comme une "dramaturgie mentale" mettant en scène les figures majeures de son oeuvre et celles des maîtres anciens."
Nous y voilà,!
Il y a drame en effet, mais pas celui que l'on essaye de nous vendre comme une soupe nauséabonde assaisonnée de délires verbeux pour mieux nous la faire avaler.
Le drame c'est la ferveur intellectuelle de toute la politique
"esthético-philosophico-soixante-huitarde-attardée"  culturelle du Louvre qui encourage à marteler encore et encore ces inepties lamentables.
Ils osent dire que: "la cohérence du dialogue instauré entre Jan Fabre et les maîtres anciens, dont il se sent l'héritier, donnent aux oeuvres du Louvre une force et un mystère chargés de nouvelles significations"
Comme c'est beau! Bravo au rédacteur, espérons qu'il est bien payé pour dire de telles c...
 Les fameux anciens, Jérôme Bosch, Rubens ou Van Dyck n'ont pas eux pu dire leur manière de penser à cet individu  déambulant devant leurs chef-d'oeuvres!
Ah, s'ils avaient pu répondre!
Eux , les magnifiques porteurs du véritable mystère de l'art!
La performance s'achève dans un lâcher de vrais billets de 10 euros que les gens s'empressent évidement de ramasser frénétiquement, comme si leur vie en dépendait et, qui seront ensuite dédicacés par le "Maître"!!
On atteint des sommets!
J'ai mal au coeur, j'ai mal à l'art, celui du sens et de l'émotion, celui qui orne les merveilleuses salles du majestueux musée du Louvre, qui se soir-là s'est prostitué, s'est roulé dans un bain de médiocrité animé de malsains désirs de faire de l'audience (qui n'était d'ailleurs pas là ! Au mieux une soixante dizaines de péquins par séance, malgré la couverture médiatique impressionnante), dans l'idée douteuse de créer des liens entre l'art "contemporain" et l'ancien.
 Voilà où mène la démarche mercantile...

Françoise de Céligny



par françoise de celigny publié dans : maviedecriture
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Vendredi 11 avril 2008

GENIE ? Ou…GENIE !

Louise Bourgeois

    En d’autres temps, un véritable génie créatif a été enfermé pour cause de folie : Camille Claudel, sculpteur, a été internée, pendant trente ans, sous l’ordre de sa propre mère, abandonnée par son amant, Auguste Rodin et par son frère Paul Claudel dont l’image auréolée de sainteté, reste celle d’un fervent catholique, respectueux de la morale chrétienne pour la postérité …
    Aujourd’hui Louise Bourgeois est propulsée en « star » de l’art contemporain dans le Temple reconnu de la vie artistique française, le centre Pompidou, elle qui toute sa vie a considéré son activité artistique comme une psychanalyse et a souvent montré des symptômes de réels troubles nerveux…
    On peut donc se poser cette question essentielle :  Où va le sens de l’art dans notre société, si la névrose est considérée comme un signe de génie créatif ? N’est-ce pas alarmant pour la santé de notre état dit « culturel », de mettre au pinacle une œuvre basée sur un art-thérapie, qui, s’il se révèle efficace dans des cas de maladies nerveuses et permet de soigner les âmes, ne devrait pourtant pas être considéré comme faisant partie du domaine de l’art ?
    Témoigner des désordres du monde et de ses dérives peut sans doute être le rôle d’un artiste, mais est-ce obligatoire qu’il en soit la première victime ? Si Soutine, par exemple, témoignait d’un mal de vivre personnel, il atteignait l’universel, en sublimant la réalité par sa vision artistique de la vie et « La Mélancolie » de Dürer formulait la question éternelle de l’homme face à sa condition, thème par essence commun à tous, dans une intention d’élévation spirituelle. Louise Bourgeois, par contre, raconte un parcours individuel tournant et retournant ses états d’âme dans la prison étroite d’une conception nombriliste de sa propre existence, sans espoir de révélation et dans un constat nihiliste. Peut-on considérer les divagations d’un être, les plus sincères soient-elles, comme une œuvre ?
    Le travail de Madame Louise Bourgeois est en soi louable et parfois touchant et comme le souligne le communiqué de presse : « Obéit à une logique subjective basée sur l’émotion, la mémoire et la réactivité des souvenirs d’enfance. »
    Mais, encore une fois est-ce à l’artiste d’exposer ses tripes et ses angoisses d’une manière aussi crues, sans passer par le travail de la sublimation du réel, qui est somme toute le cœur du statut d’artiste ?     
    De quelle nature est ce monde artistique contemporain qui tend à exalter la moindre blessure affective, le plus infime sentiment individuel, pousse à glorifier tous les détails d’une errance psychologique, décortiquant l’intimité jusqu’à l’impudeur ?
    Comme le souligne Jean Clair dans son dernier livre « Malaise dans les musées » : «  N’a-t-on pas investi l’artiste contemporain d’un privilège ? Dans une société anomique et égalitaire, où il s’agit de nier toutes les différences mettant en danger l’unité humaine, de consacrer toutes les cultures, de rappeler le primat de l’identique, l’artiste apparaît plus que jamais et contradictoirement comme un être à part, un inspiré, un créateur, jouissant d’une impunité à peu près totale, respecté, envié, adoré, le produit sans doute d’une mutation génétique de l’espèce, faisant jaillir de lui des « chefs-d’œuvre » comme le pommier ses pommes, sans qu’il lui ait été nécessaire d’apprendre à les fabriquer . »
    Louise Bourgeois est une digne fille spirituelle de Freud, égarée dans les méandres de ses confusions, ressassant le récit de ces divagations intimes avec le désir d’en exposer chaque morceau, pièce par pièce, afin de s’en débarrasser dans notre regard. Si pour elle, ce travail méticuleux lui a servi à vivre mieux, en est-il de même au sujet de notre contemplation ? Est-ce un but de l’art de nous plonger au centre d’une névrose si narcissique ?
    Son « Regard » (1966), œuvre ambiguë, hybride d’oeil et de vagin », et « Destruction du père » (1974), cave rouge tapissée de seins et de phallus autour d’un festin cannibale », comme nous les décrit le communiqué de presse, sont certes des témoignages des tensions d’une enfance blessée, mais encore une fois, peuvent-ils  être placés au rang d’un art qui devrait nous élever au-delà des nôtres, nous illuminer, nous éveiller, au lieu de ressasser nos troubles ? Cette psychanalyse à ciel ouvert, étalée sans aucune retenue devant nous, mise au pinacle, applaudie par les officiels, n’est-elle pas un signe de malaise général au sein de  notre société qui se dit « évoluée » ?

Allez voir, regardez, osez vous faire votre propre idée en résistant au matraquage médiatique qui vous dit trop souvent comment penser et vous désigne le « génie » où il n’est peut-être pas, en fin de compte ?

Françoise de Céligny

Du 5 mars au 2 juin 2008
Louise Bourgeois au Centre Pompidou
Galerie 2
Galerie d’art graphique
Ouvert de 11h à 21h
Nocturne le jeudi jusqu’à 23h

Jean Clair
Malaise dans les musées
Café Voltaire
Flammarion
     
   



par françoise de celigny
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Lundi 17 mars 2008
On est tous des artistes !!

    Si le « commandant Bousteau » (comme l’appelle notre Carla van Rohe nationale), n’existait pas , il faudrait l’inventer !
En effet, grâce à lui et à la lecture de son édito du N° de mars  de Beaux-Arts magazine, nous savons que : «  la vie est une histoire de formes . »
Qu’en achetant : un « Digital Photo Display », en clair, un cadre photo numérique, nous pouvons : « faire de notre vie une œuvre d’art. »
    Mince !! Quelle nouvelle !
    Parce que, avant, nous n’avions aucune chance ! Nous étions condamnés à n’êtres que des spectateurs, de pauvres non-créatifs désolés et insatisfaits.
    Bref, cet outil est pour lui « magique », car, «  si vous n’êtes pas trop mauvais », précise t-il, « grâce à quelques photos de vacances mélangées à celles de votre cuisine, de votre femme ou de votre amant à poil ou de votre meilleur ami dans un état pas possible »,(quelle belle langue !), «  vous allez pouvoir faire un diaporama de votre vie qui donnera envie de la vivre. »
    Comme exemple réussit de cet exercice il cite : «  the Ballad of Sexual Dependency », qui fut pour lui dans les années1980, « un choc », sorte de diaporama en musique de 800 photos de la vie quotidienne de la chanteuse américaine Nan Goldin (que tout élite digne de ce nom connaît bien sûr, pas vous ?), « … montrant la vie d’un milieu assez marginalisé , avec des images de fêtes, des drogués, des violences, des bonheurs, des sexes et des angoisses. »
    Une vie comme la vôtre, merde, quoi ! Ah non, pas comme la vôtre, Alors justement, vous en avez de la chance, avec ce cadre photo numérique, vous allez enfin pouvoir réaliser le montage de vos rêves !
    Et comme souligne notre commandant sauveur : « Vous serez vos propres « peoples . » !!
            Alors là, vraiment, c’est inespéré !!
            On n’attendait que ça !!
F.Bousteau précise encore : « Pour faire simple, des œuvres d’art contemporain des vingt dernières années ont montré que notre vie est aussi intéressante que celle de
 (et là, vraiment on est soufflé de la nouvelle !),
Nicolas Sarkosy. »
       NON ?!!
            C’est possible !!
Un magazine d’art, qui nous propose de réinventer notre vie, afin qu’elle soit aussi passionnante que notre président de la république et qui nous donne le moyen et les conseils afin d’accéder à cette fabuleuse créativité, vraiment, on en reste sans voix !!
Merci, vraiment merci, cher commandant Bousteau, sans vous la vie serait définitivement moins intéressante !!!

À bientôt,  pour la suite des autres conseils précieux du commandant Bousteau !

Françoise de Céligny


par françoise de celigny
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Jeudi 6 mars 2008
« L’Âge mûr » (1898). Musée Rodin. Camille Claudel (1864 -1943)
   

    L’inspiration de « l’Âge mûr », a lentement mûri dans l’esprit de C. Claudel. Elle  a fait plusieurs projets de cette sculpture avant de la finaliser. Elle écrit, vers 1894 à son frère Paul Claudel à son sujet : « Je suis toujours attelée à mon groupe de trois. Je vais mettre un arbre penché qui exprimera la destinée ». Cette oeuvre représente, comme le décrit A. Sylvestre inspecteur des beaux-arts en 1893: « Un homme que la vieillesse attire et que la jeunesse retient, et dont le mouvement est vraiment lyrique, et la préoccupation de Rodin est manifeste. »
     S’il évoque ici les tensions affectives d’alors entre les deux sculpteurs, il fait aussi allusion à une influence de Rodin sur le plan du style. Pourtant, on sait désormais que cette influence s’est effectuée dans les deux sens. Camille par son talent (elle seule pratiquait la taille directe, contrairement à Rodin), a fortement inspiré l’artiste par la qualité exceptionnelle de son travail.   
    La sculpture totale est terminée le 14 octobre 1898.  C’est le second projet de « l’Âge mûr » qui est exposé au  Salon du Champs-de-Mars en 1899. On analyse souvent « L’Âge mûr » comme le constat douloureux de la séparation de Camille et Rodin ; au-delà de cette analyse, c’est une imploration désespérée vers le divin, qui est perceptible dans la force des attitudes. C. Claudel a d’ailleurs incarné, dans les choix courageux de sa vie, comme celui de rester fidèle à son art malgré les difficultés multiples, cet élan spirituel qui, s’il prend parfois la forme d’un cri, demeure totalement relié à une foi rayonnant dans chacune de ses œuvres.

 

Nommée dans un premier temps « le Dieu envolé », « l’Implorante » a tout d’abord été exposée seule, puis, grâce à une commande en plâtre des beaux-arts, a rejoint le groupe de la « Destinée ».
Camille a séparé la main de l’Implorante à genoux, du groupe  de l’homme âgé et de la vieille femme, symbolisant « la Destinée » en passant  de la première à la seconde version, accentuant ainsi la distance qui les sépare et créant un « vide » significatif. Cette décision souligne en effet l’aspect intemporel de l’œuvre, car cet espace traduit la prise de conscience de Camille, comprenant finalement que seule une imploration vers le spirituel et l’acceptation de sa propre « destinée » intérieure peut être une promesse de libération de son âme. Son geste d’Imploration se transforme alors en prière. Dans la deuxième version de sa sculpture, Camille Claudel a ajouté des draperies s’envolant  sous le souffle de la « Destinée », ce qui accentue l’inclinaison de l’homme, créant ainsi un mouvement vers l’extérieur qui exprime la force du temps entraînant l’âme des personnages vers leur destin innéductable.
Pour  les critiques de l’époque, cette oeuvre représente surtout «  Une sculpture imaginée pour une ballade… » ( L.de Foucaud), ou insistent sur l’influence de Rodin : «  Melle Claudel est élève de Rodin, cela saute aux yeux ! », ( La petite Gironde. Pourtant, Camille Claudel, elle-même écrit à son frère Paul en 1893 « Ce n’est plus du tout du Rodin . »

« L’Âge mûr » transpire, par sa facture, une puissance de conviction émouvante. S’il est difficile de regarder l’œuvre de C. Claudel en oubliant la tragédie de sa vie, l’élan créatif la transfigure. Intuitivement, Camille pressent en elle une intensité intérieure, y aspire, l’exprime, la sculpte, mais ne peut y demeurer. Même si cet élan reste au niveau d’une recherche, il symbolise, en soi, la destinée de l’homme : tendre de toute son âme, marqué dans sa chair, à sublimer sa condition. C. Claudel exprime cette tentative avec tout son génie. Cette œuvre magnifique parle un langage universel, dépassant de loin l’anecdote, en situant l’émotion sur le plan du sublime. Elle va au-delà de l’allégorie pour atteindre celui du symbole, et incarne la quête d’une femme, abandonnée par ses proches, luttant avec le poids de sa vie mais en qui pourtant résonne la puissance d’une aspiration spirituelle authentique.

 

 

     Françoise de Céligny
(Le monde des Religions N° de novembre 2007)


par françoise de celigny publié dans : maviedecriture
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