C’est laisser venir les déchirures, l’incompatibilité d’humeur, les rancunes, l’incompréhension, l’insatisfaction, l’amour, l’amour, l’amour inassouvi, non partagé, effacé, oublié, vendu, soldé, livré au saccage, aux chiens, c’est le livrer à l’oubli, à l’esclavage, à la peur, à l’orgueil, au néant, aux oubliettes, à la désespérance de ne jamais atteindre son île de paix…
…où,
Les caresses, les colères, les discussions interminables, les regards, les incompréhensions, les petits plats cuisinés, les paroles, les messages complices les câlins, les tendresses, les incertitudes, les réconciliations, les baisers furtifs, les élégances de sentiments, les mains tenues, si fort, les corps mêlés, la vie partagée, seront enfin de l’amour avec tout ce dont l’amour est capable…
Le deuil prend un temps infini, il pèse lourd, circule dans les veines en y faisant des allers et retours sans pitié, creusant le sillon de la souffrance, remuant l’arme du crime dans la plaie comme si l’on payait quelques fautes commises ailleurs, dans d’autres vies antérieures ou pas.
Cela prend tout son temps pour faire comprendre l’incompréhensible, impossible à percevoir sans éprouver, sans épreuves, sans vécu, sans l’expérience…
Alors, on a beau résister, clamer son innocence, le juge est impitoyable et, au bout du compte, finalement juste. On se fait son avocat du diable, on s’invente des excuses, on cherche toutes les issues possibles …
Mais aucune aide ne viendra, on le sait ! Pourtant on insiste, puisant dans sa foi la plus mauvaise, dans les illusions les plus perdues, on insiste encore et encore…On se pose en victime, on pactise avec son criminel, on lui trouve des circonstances atténuantes…Infatigable, on retourne sur les lieux du crime, pour voir. On joue sans atouts et l’on tombe dans le mille, balle en plein cœur. On fléchit, on met un genou à terre pour une demande en grâce et l’on implore : « Epargnez-moi, je reconnais mes fautes ! »
Alors le procureur annonce sa sentence :
Condamné !
À subir à perpétuité toutes les émotions du deuil, du souvenir, du désenchantement, de la lucidité et de l’examen de sa conscience embrumée.
Sans bruit, les grilles de la prison du cœur se referment sur la réalité des faits : j’ai mérité ma peine, je n’ai rien vu, mal-aimé…
Une ultime question reste en suspend : « Ais-je appris ? »
L’avenir seul connaît la réponse. Mes années d’exil permettront-elles la descente dans les enfers expiatoires qui brûleront à jamais les reflets des sentiments entrevus dans les miroirs des amours illusoires?
L’enfer, ce ne sont pas les autres, mais soi. Sa nature inachevée, aveugle qui résiste au don la peur au ventre qui fuit la vérité des choses comme la peste qui refuse de se laisser aller à l’amour, le juste, le vrai, l’incomparable, l’ineffaçable et qui tombe malade d’avoir refusé l’évidence…
Il y a bien une mise à mort, mais on se trompe sur l’identité du criminel. Celui qui doit mourir, c’est soi ! Ce moi parasite gonflé de certitudes, d’interdits inutiles, de désirs de sécurité, de volonté de conserver un pouvoir vain. Et, s’il y a un bourreau, c’est encore soi, seul capable de couper la tête au tortionnaire. Il y a une mort à exiger, certes, la sienne ! Cette personne maligne qui vit en nous comme un parasite, in intrus, prit en flagrant délit d’assassinat affectif.
Finalement, à bout de souffle, on s’avoue vaincu, on se soumet, l’affaire est conclue… le jury de l’analyse exprime enfin le fruit de ses délibérations :
Le verdict de la conscience est rendu…
« Libre de choisir… »
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