Jeudi 6 mars 2008
« L’Âge mûr » (1898). Musée Rodin. Camille Claudel (1864 -1943)
   

    L’inspiration de « l’Âge mûr », a lentement mûri dans l’esprit de C. Claudel. Elle  a fait plusieurs projets de cette sculpture avant de la finaliser. Elle écrit, vers 1894 à son frère Paul Claudel à son sujet : « Je suis toujours attelée à mon groupe de trois. Je vais mettre un arbre penché qui exprimera la destinée ». Cette oeuvre représente, comme le décrit A. Sylvestre inspecteur des beaux-arts en 1893: « Un homme que la vieillesse attire et que la jeunesse retient, et dont le mouvement est vraiment lyrique, et la préoccupation de Rodin est manifeste. »
     S’il évoque ici les tensions affectives d’alors entre les deux sculpteurs, il fait aussi allusion à une influence de Rodin sur le plan du style. Pourtant, on sait désormais que cette influence s’est effectuée dans les deux sens. Camille par son talent (elle seule pratiquait la taille directe, contrairement à Rodin), a fortement inspiré l’artiste par la qualité exceptionnelle de son travail.   
    La sculpture totale est terminée le 14 octobre 1898.  C’est le second projet de « l’Âge mûr » qui est exposé au  Salon du Champs-de-Mars en 1899. On analyse souvent « L’Âge mûr » comme le constat douloureux de la séparation de Camille et Rodin ; au-delà de cette analyse, c’est une imploration désespérée vers le divin, qui est perceptible dans la force des attitudes. C. Claudel a d’ailleurs incarné, dans les choix courageux de sa vie, comme celui de rester fidèle à son art malgré les difficultés multiples, cet élan spirituel qui, s’il prend parfois la forme d’un cri, demeure totalement relié à une foi rayonnant dans chacune de ses œuvres.

 

Nommée dans un premier temps « le Dieu envolé », « l’Implorante » a tout d’abord été exposée seule, puis, grâce à une commande en plâtre des beaux-arts, a rejoint le groupe de la « Destinée ».
Camille a séparé la main de l’Implorante à genoux, du groupe  de l’homme âgé et de la vieille femme, symbolisant « la Destinée » en passant  de la première à la seconde version, accentuant ainsi la distance qui les sépare et créant un « vide » significatif. Cette décision souligne en effet l’aspect intemporel de l’œuvre, car cet espace traduit la prise de conscience de Camille, comprenant finalement que seule une imploration vers le spirituel et l’acceptation de sa propre « destinée » intérieure peut être une promesse de libération de son âme. Son geste d’Imploration se transforme alors en prière. Dans la deuxième version de sa sculpture, Camille Claudel a ajouté des draperies s’envolant  sous le souffle de la « Destinée », ce qui accentue l’inclinaison de l’homme, créant ainsi un mouvement vers l’extérieur qui exprime la force du temps entraînant l’âme des personnages vers leur destin innéductable.
Pour  les critiques de l’époque, cette oeuvre représente surtout «  Une sculpture imaginée pour une ballade… » ( L.de Foucaud), ou insistent sur l’influence de Rodin : «  Melle Claudel est élève de Rodin, cela saute aux yeux ! », ( La petite Gironde. Pourtant, Camille Claudel, elle-même écrit à son frère Paul en 1893 « Ce n’est plus du tout du Rodin . »

« L’Âge mûr » transpire, par sa facture, une puissance de conviction émouvante. S’il est difficile de regarder l’œuvre de C. Claudel en oubliant la tragédie de sa vie, l’élan créatif la transfigure. Intuitivement, Camille pressent en elle une intensité intérieure, y aspire, l’exprime, la sculpte, mais ne peut y demeurer. Même si cet élan reste au niveau d’une recherche, il symbolise, en soi, la destinée de l’homme : tendre de toute son âme, marqué dans sa chair, à sublimer sa condition. C. Claudel exprime cette tentative avec tout son génie. Cette œuvre magnifique parle un langage universel, dépassant de loin l’anecdote, en situant l’émotion sur le plan du sublime. Elle va au-delà de l’allégorie pour atteindre celui du symbole, et incarne la quête d’une femme, abandonnée par ses proches, luttant avec le poids de sa vie mais en qui pourtant résonne la puissance d’une aspiration spirituelle authentique.

 

 

     Françoise de Céligny
(Le monde des Religions N° de novembre 2007)


Par françoise de celigny - Publié dans : maviedecriture
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Dimanche 2 mars 2008

CHRISTIAN BOBIN
« La poésie est une douceur violente… »   
   
    Au cœur d’un bois, dans la discrétion protectrice de la nature, Christian Bobin écrit. En silence, en douceur, face aux champs, face au spectacle des saisons qu’il contemple en écoutant leurs murmures et leurs bruissements invisibles.
    Il peut cependant exercer son talent partout, tant il entretient avec la vie une relation intime, tant il parvient à capter ses secrets et ses trésors dans un échange privilégié et complice.
    Cette connivence l’inspire et se faufile en douce dans ses livres. En respirant le souffle subtil des choses simples, vivantes, il se fait leur confident. En poète, il ouvre son regard intérieur, se place au-delà des apparences, devient voyant, et nous raconte ses visions avec des mots qui percent la cécité de notre esprit, nous dévoilant ainsi la lumière du monde.
    Sa présence bienveillante favorise un échange franc nourri de sa profondeur de pensée et scandée de ses chaleureux éclats de rires. Sa solitude désirée ne l’a jamais coupé des relations humaines, bien au contraire, mais seulement éloigné de l’agitation inutile du monde…

Univers des Arts : Quelles ont été vos premières émotions artistiques ?
Christian Bobin :    Un de mes premiers éblouissements, c’est celui de Sanson François jouant le concerto de Ravel pour main gauche. Il y a quelque chose dans l’obscurité grondante de cette musique, qui vient de très loin, sans doute de bien plus loin que Ravel et de l’interprète et qui arrive à l’heure exacte au rendez-vous, chez moi au Creusot, à l’instant où l’adolescent que je suis écoute pour la première fois cette musique. Elle donne du cœur, du courage et c’est ce que l’on peut attendre de meilleur d’une musique. Elle creuse une pensée sur la vie, elle donne à entendre quelque chose qui touche, non pas à l’esthétique, mais à la vie. Dans ce sens, je dirais que l’esthétique n’est rien, qu’elle n’existe pas. Ce qui existe c’est la manière dont un être humain transmet la densité de sa propre expérience de vie à un autre. Cette fraternité-là, c’est la substance de l’art.
U.D.A. : L’être humain est donc un véhicule capable de recueillir et d’exprimer une créativité potentielle, déjà présente…
C.B. : Il est possible que la plus grande partie de cette vie soit invisible et que nous ayons à en devenir des transmetteurs, mais la plupart du temps nous y faisons obstacle. Tournés vers nous-même nous devenons opaques, nous offrons une résistance à quelque chose qui demande juste à passer à travers nous pour aller plus loin et cette vertu d’effacement, avant de la trouver un peu plus tard chez ce que l’on appelle aussi improprement les « saints », je l’ai trouvé chez certains artistes, peintres, écrivains ou musiciens.
U.D.A. :Les artistes ont donc le rôle de révéler le monde invisible…Quand vous écrivez, vous avez une complicité privilégiée et très particulière avec les choses visibles, vous avez la capacité d’en dégager l’esprit…
C.B. : Je serais assez enclin à penser que nous sommes tous doués de cette sensibilité-là, mais qu’il est nécessaire que l’on soit réveillé. La vie en société se fait d’autant plus facilement qu’on y est comme absent, c’est une vie de somnambule. On fait d’autant mieux les choses sociales que l’on ne les pense pas, elles se pensent et agissent à notre place et en notre nom. On ne peut naître que de l’effacement et du retrait au monde. Pour cela il suffit parfois  d’entendre parler d’autre chose que de ce que l’on vous montre comme nécessaire, inévitable et fatal. Une parole d’un livre d’André d’Hôtel, l’étrangeté d’une peinture de Georges de la Tour, ou d’autres, comme « Le Philosophe » de Rembrandt, qui est comme une fève de lumière dans un gâteau d’ombre, nous racontent autre chose que celles qui ont cours, marchandes et obligées.
    Au fond, un tableau, une musique ou un livre est tout à coup devant nous comme une porte battante que l’on vient de pousser : on a le temps d’entrevoir des bribes furtives avant que cela se referme, pas plus. On n’est pas certain de ce que l’on a vu, on aurait du mal à en rendre compte, mais on ne peut pas en douter, car cela a fait venir un courant d’air, un rafraîchissement soudain dans la pièce, et l’on constate qu’il y a infiniment plus de lumière que tout ce que l’on nous a raconté. Nous venons de l’entrevoir par la porte d’un tableau, par le silence entre deux notes de musique ou par la fenêtre grande ouverte d’un livre ou d’une seule phrase, comme celle d’André d’Hôtel que j’aime beaucoup : « J’entendis soudain une porte claquer au fond du ciel » .
U.D.A. :Vous portez une grande attention au réel…
C.B. :Le paradis, c’est le présent, ce qui nous fait face. Voir cela s’apprend. C’est la vie qui vous taille et vous découpe les yeux avec son petit marteau de sculpteur et ce sont les épreuves qui vous apprennent à voir. Il faut payer pour voir. J’aime beaucoup « La petite châtelaine » de Camille Claudel, il se passe beaucoup de choses dans ses yeux, on peut penser en la voyant qu’elle est l’image parfaite de ce à quoi nous pouvons aspirer. Et si nous laissons la vie faire son travail elle nous donnera ce visage-là, à la fois espérant, presque méfiant, crédule et malgré tout, ouvert . C’est la vie qui est le sculpteur, et nous qui sommes la matière brute Voilà, après un grand détour, je viens de répondre à votre première question. Il n’y a pas d’artiste, c’est la vie qui est le seul artiste et c’est nous qui sommes ses matériaux plus au moins dociles ou réfractaires.
U.D.A. : Pourtant vous avez une manière particulière de nous transmettre votre vision, et c’est ce regard unique qui fait votre personnalité et votre talent, en sachant vous mettre en harmonie avec ce que vous percevez…et cherchez à transmettre…
C.B. : J’aimerais offrir à la vie la matière la plus docile à sa volonté. C’est comme les galets au bord de l’eau, ils sont de tailles différentes, ils ont en commun d’avoir été usé par la mer, mais certains galets sont plus purs que les autres et cela c’est inexplicable…
U.D.A. : Vous aimez parfois sortir, voir des expositions… Christian-Bobin-chronique-.JPG
C.B. : Je suis très embarrassé avec la notion d’art et d’artiste. Est-ce que Jean Sébastien Bach est un artiste ? Sa musique est essentiellement obsessionnelle, son angoisse est si puissante qu’il a inventé génialement une réponse méthodique à cette angoisse, il a fait venir toutes les armées célestes pour y faire face, il faut supposer que le combat est sans fin car sa musique est sans fin, elle est extrêmement apaisante, mais si je pense à lui comme un artiste, ce mot va écraser tout le sentiment que j’en ai. Je pense que chacun fait ce qu’il peut et que le substrat premier c’est l’angoisse, c’est la crainte, le sentiment d’abandon, le sentiment enfantin de devoir traverser un couloir la nuit est partagé par tout le monde, dans tous les pays, depuis toujours. Et ce que l’on appelle l’art, c’est juste une réponse, une manière de siffler dans le noir pour que le cœur ne se décroche pas dans la poitrine, pour que la peur ne vous envahisse pas trop. C’est cela que j’entends dans Jean-Sébastien Bach, mais c’est aussi cela que je peux ressentir devant la surnaturelle joie des papiers découpés de Matisse. Cette œuvre s’arrache à quelque chose de ténébreux. Parfois la lutte est gagnée. Matisse est un des rares soldats de cette guerre-là que chacun mène avec sa propre mélancolie, avec son propre sentiment d’abandon et de détresse, un des rares qui a gagné la bataille que chacun mène avec sa vie…
U.D.A : Il a retrouvé son regard émerveillé d’enfant, vers la fin de sa vie…
C.B : Alors que la maladie lui avait beaucoup pris et que dehors c’était la guerre mondiale, il a gagné la guerre spirituelle qui est bien plus longue et insistante que l’autre. Jean-Sébastien Bach a aussi fait cette percée dans l’ennemie….
U.D.A : Certains poètes vous ont-ils inspiré plus que d’autres ?
C.B. :Deux hommes qui ne sont plus de ce monde, Jean Gros jean et André d’Hôtel, ils ne ressemblent à personne, l’un va dans les terrains vagues et l’autre dans l’évangile de St Jean mais chacun en ramène des fleurs simples qui ont de grandes vertus curatives. Les poètes ce sont les vrais pharmaciens, ils fabriquent des remèdes qui peuvent réveiller un mort. La poésie est une douceur violente, une attention intraitable, un travail qui ne connaît aucune relâche et la chose la plus dure de ce monde contrairement à l’image que l’on peut avoir d’elle. La poésie ne supporte pas l’abstraction, la morale, l’idéologie ou le religieux au sens institutionnel. La vie ou Dieu, qui sont comme des jumeaux qui dorment dans le même lit, ne supportent pas la plus légère imprécision. La poésie c’est une minutie exigeante ; rien n’est plus concret que la beauté et la poésie…
U.D.A : C’est de la broderie, et si un mot n’est pas à sa place…
C.B. : Tout s’écroule…
U.D.A : Dans «  La Dame Blanche », votre dernier roman, vous parlez de « La lumineuse douleur de vivre », et cela exprime bien vos propos et le sens de votre travail. Notre condition humaine oscille sans cesse entre la douceur et la douleur, et c’est par la douleur que l’on exprime les plus belles lumières…
C.B. : Selon Pascal, tout l’art de la pensée et de la vie c’est de trouver la bonne distance. Il donne l’exemple d’un tableau : trop près ou trop loin on ne le voit pas, ou mal. Qu’elle est l’exacte mesure ? La réponse est à chaque fois différente, il n’y a pas de règle…
   
    L’instant est unique et précieux. Christian Bobin évoque son sentiment sur l’art, avec cette attention, cette juste distance et cette subtilité poétique qui le caractérisent. Jamais l’expression « recueillir des propos » n’a résonné aussi fort et eu autant de sens. Le récit de sa « Dame Blanche », la poétesse Emily Dickinson, distille cette même magie, en incarnant un personnage atypique, libre, à la fois fragile, courageuse et talentueuse dans sa manière de vivre, créant son existence à la force d’une foi intérieure et par son amour des autres. En racontant cette biographie fusionnelle et spirituelle, Christian Bobin nous parle aussi de lui, tant ils sont jumeaux dans leurs manières de vivre.

Françoise de Céligny



 
      




Par françoise de celigny
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Lundi 31 décembre 2007
BOUHH !!Buren menace !!!

Stupéfaite ! je suis stupéfaite, et pourtant j’en ai vu des beaux discoureurs, faux artistes et compagnie, mais là vraiment c’est le pompon. Journal de 13h, excusé du peu, M’sieur Buren explique que ses magnifiques colonnes, place du Palais Royal, sont laissées à l’abandon, qu’on le néglige, le pauvre !! Surtout, il peut témoigner qu’on ne s’occupe pas de lui, non ! Depuis 20 ans, il envahit de sa misère rayée tous les sites inimaginables, faisant sa « crotte » artistique comme un bon chienchien, tout fier de lui à chaque fois, on ne peut pas dire qu’il est constipé !
Bref, Môsieur s’insurge, se révolte, le ministère de la Culture en personne, sous ses fenêtres, l’oublie. Mince !! Quelle affaire ! Il faut restaurer d’urgence autrement, Môsieur menace, de…tout détruire !
Sans blague ! C’est vrai ! Il serait capable de le faire? Vraiment !
Ne nous faites pas rêver Môsieur Buren, ça serait trop dur en ces périodes de fêtes où l’on est toujours un peu enclin à prendre nos désirs pour la réalité…
Comme cela, vous seriez capable, enfin, de faire un véritable geste artistique ! De mettre en pratique votre fameuse théorie de ‘L’art zéro », d’illustrer , par un acte, même si il est motivé encore par votre égo démesuré, un acte donc, enfin artistique !!
Franchement, si vous faites cela, M’sieur, alors là, vous remontrez dans mon estime, qui vous l’avez sans doute deviner n’est pas très bonne.
Buren massacrant son «Oeuvre », se braquant contre l’état culturel qui pourtant l’a si bien servi et dont il s’est si bien servi aussi, ça, oui, cela vaut le détour !
Faut le comprendre, le pauvre, sa petite fontaine ne marche plus ! Ya plus d’eau ! Alors comme il le dit si bien : «  cela n’a plus aucun sens !!! Ah oui ! Parce que, avant, quand elle marchait, cela en avait un ?!
Cette formidable « installation », édifiée dans un endroit magique et dans des conditions de marchandages plus que louches, ne sert qu’aux jeux des enfants qui, eux, ont bien compris avec leur sagesse innée, la réelle fonction de ce site sans queue ni tête, ni sans le moindre intérêt, sauf celui de manifester et de constater, encore une fois,  la pauvreté des choix artistiques de notre état dit « culturel ».
Alors M’sieur Buren, chiche ! Vous le faite ?
Allez, si vous voulez, on vous aide ! Si si, on insiste, vraiment ! C’est un plaisir !
Du coup, peut-être, on peut rêver, la place sera libre pour une autre œuvre, une d’un artiste français, pas connu, nouveau, frais, sincère…On peut rêver…
Vous voyez, M’sieur , en plus vous feriez une  bonne action !
Alors là, il n’y a plus à hésiter ! Non ?
Faisons un rêve…Buren démolit ses colonnes, cela serait le signe d’un bon départ pour la nouvelle année 2008…
Tous mes vœux artistiques, à tous, pour cette nouvelle année.
Françoise de Céligny



 
Par françoise de celigny - Publié dans : maviedecriture
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Jeudi 22 novembre 2007
Un peu de légèreté dans ce monde de…

    En ces temps difficiles où la vie réserve plus de tensions que de merveilles, la contemplation de certaines œuvres d’art permet de respirer des vapeurs d’âme vitales et salvatrices.
    Une visite au musée Jacquemart-André s’impose donc, tout d’abord pour le lieu, feutré et sophistiqué à souhait et pour l’exposition du peintre Jean-Honoré Fragonard, artiste espiègle, raffiné et sensible soulevant dans la finesse de son traité des saveurs sensuelles savoureuses.
    Le musée est situé dans l’ancien village de Monceau qui fût transformé sous les assauts du préfet Haussmann et sous la direction de Napoléon 3 en 1860. C’est là, sur le nouveau boulevard Haussmann qu’Edouard André, héritier d’une famille d’une famille de banquiers protestants, achète un terrain pour y faire construire un Hôtel particulier. Il confit la réalisation de son projet à un architecte fidèle à un style classique et traditionnel, Henri Parent.
    Ce palais du second Empire incarne l’esprit de splendeurs romantiques révolues ; en parcourant les salles somptueuses,  ont se sent transporté au cœur des atmosphères des bals et réceptions du XIXème siècle, et l’on peut contempler les collections d’art Français ( Chardin, David, Fragonard…), Hollandais (Van Dick, Frans Hals, Rembrandt…) et Italien ( Mantegna, Bellini, Botticelli), dont un ensemble magnifique de fresques de l’artiste Vénitien Tiepolo provenant de la Villa Contarini à Mira, située dans l’escalier d’honneur très théâtral qui fût conçut à l’image de celui de l’Opéra voisin.
    Amateur d’art et collectionneur, Edouard André met sa fortune au service de sa passion pour la peinture et pousse ses convictions jusqu’à épouser une artiste, Nélie Jacquemart qui avait exécuté son portrait. Fascinés tous les deux par l’Italie, ils vont constituer au fur et à mesure de leurs  voyages une des plus belles collections d’art Italien, en France.
    Ayant débuté sa carrière dans le respect à un style académique, Jean-Honoré Fragonard, peintre français (1732-1806), va très vite s’orienter vers des scènes que l’on dit, « de genre » ( comme le célèbre « Verrou », exposé au Louvre), des histoires amoureuses et des sujets tendant vers une légèreté d’esprit qui finalement, si on prend le temps de regarder plus avant, recèle plus de profondeur qu’il n’y paraît. Selon la fameuse maxime, Fragonard peint sérieusement des choses légères, et dépeint très légèrement des choses sérieuses…
    Influencé en premier lieu par ses études avec Chardin, il trouvera une véritable connivence esthétique avec François Boucher qui le présentera au concours de Rome qu’il remportera en 1752.
     Il sera le prince expert et talentueux d’une peinture où l’inachevé, le flou et le vaporeux prime et signe sa singularité et son originalité. La douceur fluide de sa touche s’accorde aux raffinements de ses sujets, en effleurant la toile il suggère, propose, l’air de rien, avec une facilité d’exécution vive et tonique, préfigurant celle de Manet, l’univers de son époque au travers de son regard séduit par les plaisirs de la vie mais aussi sans complaisance. Il s’aventure souvent au-delà des apparences, les survolant, les effleurant, sans peser sur elles pour mieux souligner justement les parts d’ombres qu’elles cherchent à dissimuler. Son « philosophe lisant », par exemple, est d’une richesse et d’une verve picturale intense et trace une sorte « d’autoportrait » intérieure profond, révélant ses propres interrogations sur l’existence, en campant un personnage d’homme illustrant la modernité d’une nouvelle manière de pensée naissante avec une liberté de style étonnante. Il obtint la reconnaissance de la Cour, de nombreuses commandes publiques et un atelier…au Louvre !
    Cette exposition rassemblant une centaine d’œuvres venues du monde entier, permet de remettre en lumière un art attachant et lumineux illustrant l’esprit d’un siècle, ses plaisirs sensuels et libertins mais aussi littéraires et artistiques, répondant et faisant parfois singulièrement miroir avec le nôtre…

Françoise de Céligny

Du 3 octobre 2007 au 13  Janvier 2008
Les plaisirs d’un siècle
Musée Jacquemart-André
158, Boulevard Haussmann 75008 Paris
tel : +33 1 53 77 66 00
www.musée-jacquemart-andre.com
www.picturalissisme.com/fragonard_jean_honore.htm

         
Par françoise de celigny - Publié dans : maviedecriture
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Samedi 10 novembre 2007
 LES ARTISTES ONT ENFIN…LA PAROLE !
   

    Depuis quelques mois en effet, il existe autour de l’art contemporain, des artistes et de l’art en général, une polémique (désirante de se transformer les débats en un changement sur le terrain de l’art), aux multiples remous et rebondissement, qui tente de redonner la parole à « tous » les artistes :
    Cette chronique ne pouvant qu’être un résumé incomplet de la situation,  propose de poursuivre le dialogue afin de soutenir les participants à cette salutaire ouverture de pensée. Ce débat est en effet vital car il répond à la nécessité de dénoncer l’omniprésence d’une « élite » au sein du milieu de l’art contemporain qui tente d’exclure au nom d’une certaine vision de l’art, tout un pan représentatif de la diversité et de la créativité artistique de notre pays et au-delà.
    Depuis les années 1960, les œuvres artistiques sont de plus en plus soumises à l’urgence de coller à l’actualité, urgence imposée par une médiatisation excessive favorisant un besoin frénétique d’événementiel qu’exige la course au sensationnel, ce que Jean-Philippe Domecq (critique et romancier), nomme « l’obligation du nouveau », elle-même nécessaire pour parvenir à nourrir un marché de l’art devenu vorace et mercantile. Jean-Philippe Domecq dénonce par ailleurs (et cela depuis son article critique sur l’AC paru dans la revue Esprit en 1993): « L’emprise d’une pensée « désormais », qui tient l’œuvre pour « désormais négligeable », puisqu’elle est tenue pour une notion périmée, elle peut donc être minimale, d’une inventivité réduite à l’extrême, elle n’existe que par l’artiste qui la propose en vertu de sa « démarche ». Christine Sourgins (écrivain et historienne de l’art) poursuit dans le même sens :  «  Dans sa recherche frénétique du lieu social perdu, l’Etat culturel veut privilégier, plutôt que l’artiste solitaire en atelier, « l’artiste » qui travaille sur la création de modèles de sociabilité. » - «  Le rôle de l’État est de réguler, d’être garant d’un pluralisme, pas de se substituer aux acteurs de l’art, ni, sous couvert d’action publique, de favoriser des intérêts ou des réseaux particuliers. La principale réforme à envisager d’urgence est la mise en œuvre d’une réelle transparence : dans les institutions publiques, qui décide d’acheter quoi, à qui, par quels intermédiaires, et à quel prix ? » (Revue Art Absolument)
    À partir des années 1990, période d’effondrement du marché de l’art,  l’Etat a modifié sa politique de soutien, en faisant la promotion d’un art dit « conceptuel », devenant « le seul Art », selon l’expression d’Aude de Kerros  (graveur et peintre) et s’imposant sous la définition exclusive «  d’Art Contemporain », comme une sorte d’appellation contrôlée,   en  oubliant dans le même temps tous les autres artistes ne faisant pas partie de cet élan conceptuel et qui pourtant demeurent, eux aussi, très naturellement contemporains !

Comme le souligne Aude de Kerros :
« A l’ombre de l’Art Contemporain, l’art continue sa course dans les ateliers. Ses artistes sont absents des institutions, ignorés des médias, n’ont pas accès à la commande publique et sont exclus des filières de consécration, ils vivent difficilement. Ils sont confrontés quotidiennement aux méthodes stupéfiantes aliénantes et culpabilisantes de « l’art contemporain », seul art légitime ».
    Cette volonté d’exclusion étant sans complexe soutenue par un Etat Culturel consentant et désirant maintenir une optique uniciste pour mieux hypnotiser le monde de l’art et le public au profit de son bénéfice personnel, cultivant le prestige d’appartenir à une élite qui « fait » l’art et en reçoit par là même les bienfaits en honneurs et en recettes . Cette attitude fortement est efficacement encouragée par la majorité des médias se faisant la servante consentante et souvent aveugle de cette entreprise de main mise sur la répartition de ce qui désormais est accepté comme étant de l’art ou n’en étant pas.
    Le phénomène est d’autant plus efficace que personne ne s’étonne de cette tendance à considérer certains artistes faisant partie de l’art « officiel » au nom de cette contemporanéité exclusive, définie de manière abusive par quelques-uns et favorisant justement ces quelques-uns !
    On arrive donc à ce paradoxe qui consiste à définir comme art élitiste, et donc dépassé et réactionnaire, celui qui justement reste libre, dissident, divers, ouvert et tolérant, faisant vivre des conceptions contrastées, à l’instar d’un autre qui se veut à la pointe de la contemporanéité ouverte sur le monde, et qui, finalement impose une optique dictatoriale sous le prétexte d’innovation, en créant une rupture définitive et arbitraire avec la tradition et la diversité, tout en se réclamant pourtant d’elles.
    Il y a quelques mois donc, le site « Face à l’Art » ( Salon virtuel ouvert aux peintres, plate-forme d’informations et débats, créé en 2000 par trois peintres, Marie Sallantin, Pierre-Marie Ziegler, Franck Longellin), dans la ligne de son action entamée depuis quelques années déjà et à l’initiative de Marie Sallantin, écrit une lettre adressée à la nouvelle Ministre de la Culture Christine Albanel pour l’informer de cette « dissidence artistique » très active qui tente d’exister dans ce monde compartimenté de l’art actuel. Elle y dénonce l’interventionnisme hypertrophié de l’Etat dans l’art depuis plus de 25 ans : « Les artistes n’en peuvent plus de « l’inspection des arts plastiques », complètement dépassée. C’est à eux qu’il revient de présenter au public et aux professionnels, l’art dans sa partie vivante et plurielle »  De plus un manifeste, nommé  « pétition du 5 mai » lancé par Jean-Michel Meurice et ses amis, et signé par plus de cent artistes et auteurs (mille aujourd’hui) est adressé, à la presse, aux politiques, au Ministre, aux délégués des Arts Plastiques et publiée en ligne.

    Ce débat est, quelque temps plus tard, relancé par une lettre de Rémy Aron (peintre et directeur de la Maison des Artistes), adressée à chaque candidat lors de la campagne présidentielle, qui avait pour but de communiquer son désir de faire connaître les espoirs et les soucis de plus de 45000 artistes cotisants à la Maison des artistes (organisme encore indépendant face à l’état culturel) les questionnant sur leur programme vis-à-vis de la situation de l’art et des artistes. Seuls deux candidats ont répondu : Olivier Besancenot et Nicolas Sarkosy.
    Une certaine presse a aussitôt accusé Rémy Aron de prendre par cette initiative une position politique, ce qui n’était pas du tout son optique . Rémy Aron s’est depuis expliqué dans une réponse à ces accusations virulentes, adressée aux artistes (mai 2007), où il souligne ses convictions : « La maison des Artistes ne doit rien à personne, elle ne fait d’allégeances à personne, elle œuvre simplement pour les artistes dans ce paysage politique qui les ignore, qui nous ignore trop » - «  Nous insistons depuis tant d’années pour un rééquilibrage tangible et réel des politiques culturelles. Elles ne doivent plus exclure personne, il faut que tous les artistes de France se reconnaissent dans les actions culturelles de l’État pour la culture car nous sommes tous une réalité culturelle et économique. La diversité esthétique doit être l’axe des politiques culturelles à venir et l’Etat doit être à son service, en spectateur libéral et protecteur ».
          Grâce à ces différentes interventions, les artistes sortent enfin de leur discrétion et se rassemblent, au-delà de leurs opinions personnelles et conceptions politiques individuelles afin de faire connaître leurs existences et leurs multiples formes d’expressions créatives.
     Pour conclure cet état des faits, encore une fois malheureusement incomplet, voici un extrait d’une critique de Joris-karl Huysmans, célèbre critique d’art et défenseur convaincu des impressionnistes, artistes exclus en leur temps, qui résonne de manière étrange et en rapport direct avec cette actualité :
« En somme, les bienfaits de l’Etat vont aux intrigants et aux médiocres ; le prix de Rome n’a jamais donné de talent au peintre qui l’a obtenu puisque ce prix est réservé au manque d’individualité et au respect des conserves. Le mot de Courrier est toujours juste : «  Ce que l’Etat encourage languit, ce qu’il protège meurt ». Mettez en parallèle maintenant la situation de ces peintres avec celle des Indépendants ; ceux-là sont, à peu d’exceptions près, les seuls qui aient du talent en France, et ce sont justement eux qui repoussent le contrôle et l’aide de l’Etat… »
    Espérons que toute cette énergie déployée soit, en fin de compte, un élan favorisant la libéralisation d’une créativité permettant aux artistes d’affirmer la force de  l’imaginaire et de la transcendance de l’art.
    À bon entendeur, salut !

Françoise de Céligny
 
Pour une étude plus approfondie :
« Artistes sans Art », Jean-Philippe Domecq, Editions 10/18
« Misère de l’Art », essai sur le dernier demi-siècle de création, Jean-Philippe Domecq, Editions calman-lévy
« Considération sur l’état des Beaux Arts », Jean Clair, Editions Gallimard 1983
« Les mirages de l’art contemporain », Christine Sourgins, Editions de la Table Ronde 2005
« L’Art Caché » Aude de Kerros, Editions Eyrolles octobre 2007
«  L’Art en questions - Trente réponses », Editions du Linteau 1999
Le site « Face à l’Art » : www.face-art-paris.org
www.artpointfrance.info/
La maison des Artistes, 11, rue Berryer 75008 Paris
Contacts Rémy Aron : contact@lamaisondesartistes.fr
Le N° 22  de la revue « Art Absolument ».
La revue Artension N° 38 juillet/août 2007.
Le 28 novembre 2007, un colloque est organisé par la revue Art Absolument, de 10h à 16h, Théâtre du Rp Point des Champs Elysées.





 
   
Par françoise de celigny - Publié dans : maviedecriture
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