DE MIRO à WARHOL
La collection Berardo
Musée de Luxembourg
Le musée du Luxembourg propose de parcourir la collection de José Berardo, entrepreneur Portugais ayant fait fortune en exerçant des activités
dans le commerce de l’or, du vin, de la banque et de la communication. Collectionneur éclectique et passionné, il a toujours été animé d’un désir de faire partager au plus grand nombre le
cheminement de ses découvertes artistiques.
Il souligne lui-même à propos de sa collection :
« Elle est de niveau international et le reflet de mon opinion à savoir que l’art n’a pas de frontières. »
Soixante quatorze œuvres sont présentées dans cette exposition qui s’articule autour des mouvements artistiques qui ont marqué le xxème siècle : Les recherches d’après
guerre, le surréalisme, l’abstraction géométrique, l’abstraction lyrique, illustrés par des œuvres allant de Miro à Warhol en passant par Dali, Mondrian, Soulages, Schnabel, Pollock ou Picasso
entre autres.
Ce parcours propose donc un voyage au sein des tendances artistiques majeures du siècle dernier et nous donne l’occasion grâce à une vision synthétique, d’observer la réalité de sa qualité, de sa
profondeur et de son rayonnement esthétique.
L’on peut ainsi, sur les bases de la constatation d’une certaine évolution de l’art au cours du XXème siècle s’interroger sur celle qui lui succédera au cours du XXIème. Sur quel terrain en effet
pourront éclore les œuvres futures ? Quel va être l’avenir de son potentiel créatif ? De quels courants les artistes actuels vont-ils s’inspirer ? Comment construire une création resplendissante de
santé, d’idées et de merveilles poétiques en contemplant la réalité du siècle passé ? Peut-on et y a-t-il des choix à faire ?
De quelle nature sera le collectionneur de demain ? Messieurs Pinault et Arnault, collectionneurs reconnus de notre temps, sont-ils représentatifs de ce nouveau collectionneur contemporain ?
Exercent-ils un réel choix et une possibilité de perception lucide parmi les œuvres proposées, ou bien sont-il influencés par des « tendances », une soumission à la mode, par un désir de se tenir
dans les mouvances de la célébrité et d’un marché financier impitoyable ? Les œuvres les plus prisées de Jeff Koons, Jean-Pierre Raynaud, Richard Serra ou André Buren, pour ne citer
qu’eux, sont-elles représentatives de l’héritage artistique que laissera le XXIème siècle ? Ces œuvres expriment-t-elles par ailleurs la véritable réalité créative de notre époque ?
Ce qui est dans l’ordre du temps n’est pas forcément dans l’ordre des choses…
Andy Warhol a été le premier artiste à exprimer la réalité mercantile d’un certain art dit « contemporain » en érigeant le produit de consommation en œuvre d’art, suivant ainsi les premières
démarches conceptuelles de Marcel Duchamp.
Ces propos recueillis dans un livre d’entretiens paru en 1990, illustrent la complexité et l’ambiguïté de sa démarche entre désenchantement et provocation :
Question d’un journaliste :
« Tu crois que le monde de l’art est fini ? »
Réponse d’Andy Warhol :
« Oh oui ! Peintre en bâtiment, ça vaut mieux. On gagne plus d’argent en peignant les maisons. Dix dollars de l’heure. »
…
Q : « Qui est l’artiste le plus riche au monde ? »
R : « Je parie qu’il y a beaucoup d’artistes dont personne n’a entendu parler qui font plus d’argent que n’importe qui. »…
Q : « Et Dali ? »
R : « Je ne crois pas qu’il suffise d’avoir son nom partout pour faire beaucoup d’argent »
Q : « Qui de toi ou de Dali est le plus célèbre ? »
R : « Il y a Calder aussi. Et Miro est toujours vivant. »
…
Q : « Penses-tu que Picasso était un businessman ?
R : « Oui, je pense qu’il savait ce qu’il faisait. »
Q : « Mais qui a inventé l’idée selon toi ? »
R : « Les Américains après la guerre, je pense, et les galeries. Et à un moment donné, quelqu’un a commencé avec Picasso et ça a de plus en plus ressemblé à un produit. »
Cette analyse d’Andy Warhol a le mérite d’indiquer avec lucidité la tendance significative qu’a pris l’art après la seconde guerre mondiale. Il semble que la mécanique d’un
désenchantement des valeurs qui structuraient le monde de l’art s’est déclenchée alors et Andy Warhol, dans sa démarche de créateur, a choisi de prendre en marche le train d’une certaine déroute
artistique, pour ne pas dire décadence, qui est passé devant lui avec son lot de séductions dangereuses.
C’est ce grand bouleversement des critères fondant l’histoire de l’art que cette exposition livre à notre réflexion et nous incite à parfaire notre analyse à propos de la
nécessité de préserver une certaine qualité créative vitale pour un avenir artistique digne de ce nom.
Françoise de Céligny
Cet article donne envie de voir cette collection! Ce qui est frappant aussi c'est l'écart entre la lucidité de Warhol et l'abondance des écrits qui ont prétendu au grand art de Warhol au point d'imposer une allégeance générale et durable.S'est installée une sorte de schizophrénie qui - par exemple - dans l'émission d'hier sur Arte était toujours visible : "oui cet artiste est platement mercantile (Koons) mais vous savez ceux qui le critiquent sont les mêmes que ceux qui ont critiqué Degas!" La contradiction ne gêne pas. On est chez les fous.
Commentaire n°1
posté par
marie sallantin
le 13/03/2009 à 21h10
Ce qui est frappant aussi c'est l'écart entre la lucidité de Warhol et l'abondance des écrits qui ont prétendu au grand art de Warhol au point d'imposer une allégeance générale et durable.S'est installée une sorte de schizophrénie qui - par exemple - dans l'émission d'hier sur Arte était toujours visible : "oui cet artiste est platement mercantile (Koons) mais vous savez ceux qui le critiquent sont les mêmes que ceux qui ont critiqué Degas!" La contradiction ne gêne pas. On est chez les fous.