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Vendredi 2 octobre 2009
 

«LA GRANDE FALSIFICATION DE L’ART CONTEMPORAIN »

                          

ENTRETIEN AVEC JEAN-LOUIS HAROUEL :



Françoise de Céligny : Comment êtes-vous parvenu à écrire un livre sur l’art contemporain tout en étant juriste de profession ?


Jean-Louis Harouel : Cela peut paraître paradoxal ! Mais j’ai une spécialité qui est la manière la plus large de concevoir l’enseignement juridique : l’histoire du droit. Cette discipline permet d’étudier sur un très long terme qui peut aller de l’Antiquité aux années 1970/80 : le droit privé, le droit public, l’économie, les idées politiques, la sociologie. L’éventail d’investigation est donc extrêmement étendu, ce qui m’a séduit. Je me suis rendu compte que ma vraie spécialité était d’être généraliste ! En ce qui concerne l’art, j’ai fait une thèse sur le droit de la construction et de l’urbanisme au XVIIIème siècle, ce qui traduit mon attirance pour l’art. Il fallait étudier la dimension juridique et administrative de la question, mais aussi connaître presque en historien de l’art, l’histoire de ces bâtiments, les différents styles, voir les plans d’architectes, étudier l’iconographie picturale, les dessins, etc. Ce choix indique que je suis depuis toujours passionné par l’art et, si je n’ai pas choisi de faire de l’art à titre personnel, je suis un peu comme Balzac qui dit au début du « Lys » : «  L’air m’est indispensable pour vivre mais la Touraine m’est tout aussi indispensable. »

Pour moi, l’art est aussi vital que de respirer et je ne conçois pas la vie sans l’art et la littérature. J’ai consacré ce livre essentiellement à la peinture, car c’est de la crise de la peinture qu’est issue la crise générale de l’art.

Dans les années 1960, j’ai commencé à réfléchir au problème de la modernité artistique, que j’admettais jusqu’alors comme une donnée normale, je dirais comme tout le monde, car on me disait qu’il fallait aimer Picasso, etc. Et puis il y a eu l’arrivée du néo-dadaïsme, du minimalisme et du conceptualisme, et là, j’ai arrêté de comprendre ! J’ai alors commencé a découper des montagnes de coupures de presse, à esquisser des commentaires, pour me forger ma propre idée. Dans les années 1980, j’ai écrit un essai sur l’inégalité dans lequel une place importante était consacrée à l’art. J’ai ensuite, en 1994, publié un livre de réflexion générale sur la culture, sur les effets conjugués de l’idéologie et de la technique, où déjà j’exposais ma thèse sur l’art et la photographie. Mais le sujet n’était pas encore centré sur l’art, d’où ce livre sur la falsification de l’art contemporain.

F. de C. : Une des clés de compréhension de votre ouvrage est votre analyse sur l’influence de la photographie sur l’art que vous associez au début de la décadence de l’art contemporain, selon vos propres termes…

J.-L. H. : En effet, la photographie a été ressentie par beaucoup de peintres comme une concurrente redoutable, susceptible de tuer la peinture. Le célèbre peintre Paul Delaroche déclare en 1838 : «  La peinture est morte ! », et ce n’est pas un hasard si dès les années 1845 Turner commence à faire des études à la limite de l’abstraction. La peinture de portrait représentait jusqu’alors des revenus substantiels pour les peintres et brutalement, dans les années 1850/60, cette activité a été ruinée. Elle ne sera plus réservée qu’à quelques élus travaillant pour la haute société. À partir de ce moment-là, on voit se mettre en route une mécanique qui traduit la volonté de ne pas se trouver en concurrence avec la photographie, d’échapper à sa supériorité dans la représentation du visible, ce qui a commencé avec le mouvement des impressionnistes.

F. de C. : Pourtant grâce à la compréhension chez Delacroix d’une nouvelle analyse de la couleur, on peut dire que l’approche « impressionniste » était déjà enclenchée et n’a ensuite été qu’encouragée par l’ampleur que prenait la photographie. Ce mécanisme d’éloignement de la représentation « réaliste » n’était-il pas inéluctable au-delà de l’influence de la photo ?

J.-L. H. : La volonté des impressionnistes d’échapper à une représentation précise de la réalité n’est peut-être pas uniquement due à la concurrence de la photographie, mais celle-ci a joué un grand rôle. Plus tard, le photographe des années 1880 rattrape les impressionnistes avec le pictorialisme en introduisant la couleur et le flou sur des clichés en noir et blanc. On mesure l’âpreté de la guerre économique faite aux peintres par les photographes. L’impressionnisme est le point de départ d’un enchaînement implacable vers le nouveau, d’un besoin de se démarquer absolument de ses prédécesseurs. Ce fut une course en avant infernale, exigeant sans cesse de l’inédit, menant vers une forme d’art ne se basant plus sur un métier. Comme l’on ne pouvait pas refaire ce qu’avaient fait les précédents, peindre du « sous » Cézanne ou du « sous » Gauguin, et que l’on refusait fondamentalement la possibilité de reproduire exactement le réel, il fallait s’éloigner toujours davantage de celui-ci. C’est cette obligation frénétique du nouveau, laquelle va prendre des proportions inadmissibles et incohérentes, qui a constitué le danger et le piège dans lequel va tomber l’art d’avant-garde, pour parvenir à ce que je nomme le « n’importe quoi ».

F.de C. : C’est par cette voie que l’on en arrive à la « pissotière » de Duchamp !

J.-L. H. : Kandinsky ayant décrété dans son livre « Du spirituel dans l’art » que l’artiste a une liberté absolue dans le choix de ses moyens d’expressions, Duchamp dont on sait qu’il a lu ce texte, va au bout de ce raisonnement et décrète qu’une pissotière a valeur d’œuvre d’art ! Malevitch, Kandinsky ou Mondrian sont pour moi les représentants dogmatiques, pédants, farcis de philosophie et d’intellectualisme, du principe suicidaire de la démarche artistique moderne.

F.de C. : Ce que vous tentez de démontrer c’est que la peinture est un métier avec ses normes très précises et que certains ont voulu s’approprier le statut d’artiste de manière abusive…

J.-L. H. : Pour Kandinsky le rôle de « l’artiste » n’est pas de transmettre une image porteuse d’un sens, mais de faire passer une idée. Son désir est de faire contempler extatiquement et uniquement l’idée à travers sa médiation. Nietzsche avait bien compris cette démarche, il critiquait cette prétention, malgré la création féconde de l’art romantique. Avec la crise de la peinture née de la photographie et l’obligation du nouveau qui en est résultée, il n’est plus resté de la « religion de l’art » instituée par les philosophes allemands qu’une doctrine intellectuelle et l’art a fini par tourner à vide.

F. de C. : L’invention de la peinture en tube qui a permis aux peintres de créer à l’extérieur de l’atelier, et surtout la course effrénée vers la domination d’un discours primant sur le visuel ont aussi été des facteurs déterminants…

J.-L. H. : L’artiste en effet se met à la place de l’art, il remplace l’œuvre, il impose sa loi. Kurt Schwitters, artiste dadaïste écrit dans les années 1920 : « Tout ce que crache l’artiste est de l’art.» On parvient donc à cette absurdité que l’artiste est par essence génial ! Il peut donc dorénavant tout faire ou ne rien faire, et décréter ce qui est de l’art ou n’en est pas. Les exemples de cette évidence sont nombreux. Quand Paul McCarthy met la tête dans du ketchup, la ressortant dégoulinante et qu’on décide que cela a la même valeur qu’un Rembrandt parce qu’il est « artiste », on atteint des sommets d’absurdité ! L’œuvre n’a plus aucune importance, la seule chose qui compte c’est le statut divinisé de l’artiste.

Andy Warhol et toute la clique qui en découle, dont font partie Buren, Raynaud, Christo, Koons, Hirst (et les autres…), incarnent les pseudo-artistes escrocs qui kidnappent le statut d’artiste sans aucun scrupule en s’autoproclamant l’élite de l’art contemporain.

F. de C. : La question qui se pose maintenant : comment l’art va-t-il se sortir de cette crise ? Est-il toujours présent ? Comment va-t-il vivre, par quel moyen, sous qu’elle forme ?

J.-L. H. : Il me semble d’après tout ce que j’ai pu observer, qu’il existe actuellement dans la société de véritables artistes qui ne parviennent pas à se faire connaître à cause de cette dictature d’un art contemporain qui ne reconnaît qu’une forme « d’art » arbitraire. Aujourd’hui toute une palette d’artistes travaillent sincèrement, mais ils sont ignorés par les médias, les collectionneurs et les musées parce qu’ils ne sont pas sacralisés et ne bénéficient pas de ce statut quasi divin d’artistes d’avant-garde.

F. de C. : Vous faites d’ailleurs un parallèle intéressant entre la politique d’un Rockefeller, qui a imposé le premier un style de peintres à coups de millions en occupant les places clés du milieu de l’art, en Amérique, et celle de mécènes comme François Pinault ou Bernard Arnaud qui, grâce au pouvoir de l’argent, imposent sur le marché « leurs» artistes qui sont ensuite adoptés par les officiels de la culture, les directeurs des musées et les galeries.

J.-L. H. : Les Etats-Unis étaient d’un classicisme avéré jusqu’à l’après-guerre, avec de très grands peintres que l’on redécouvre maintenant comme Hopper, Benton et toute une série d’autres très grands artistes. C’est au moment de la guerre froide que le département d’Etat décrète que les Etats-Unis doivent prendre la tête du monde dans tous les domaines, y compris celui de la création artistique. Paris doit cesser d’être le centre mondial de l’art, c’est au tour de New York de prendre le relais. L’idée était de donner une image artistique des Etats-Unis prenant le contre-pied de celle de l’URSS. Les peintres présents à cette époque pouvant produire ce contraste absolu sont des artistes comme Pollock, Rothko ou De Kooning. C’est ainsi que la dictature de l’art contemporain commence à imposer sa loi, c’est le règne des artistes considérés comme icônes de la vérité en peinture qui commence. Présenté sans aucun sens du ridicule comme « la peinture de la libre entreprise », l’expressionnisme abstrait devient l’arme de la guerre froide, un choix esthétique qui sert des buts politiques et des ambitions de pouvoir, preuve qu’il n’y a plus ni respect ni véritable connaissance de l’art. C’est ainsi que les Etats-Unis ont assuré le triomphe du « n’importe quoi » proposé en guise d’œuvre d’art.

L’art contemporain est réputé plus puissant que la religion, les « artistes » se prétendent seuls détenteurs d’une créativité sacralisée. Tantôt il y a une volonté de « mal peindre », tantôt une volonté de ne plus peindre, de nier la représentation du réel même sublimé, une volonté dogmatique de remplacer l’œuvre d’art par le seul discours. Du fait qu’il n’y a plus que l’idée pour légitimer la prétendue oeuvre, celle-ci n’est plus accessible à une critique plastique. Tant qu’il y avait un devoir de représentation, on pouvait établir des comparaisons entre un Raphaël et un Rembrandt, mais dès lors que « l’artiste » dit : « Je ne peins pas ce que je vois mais ce que je pense », il se considère comme intouchable, il se campe en maître absolu, créateur dominant le reste des humains et dont la toute puissance s’impose à tous. Selon Kandinsky, l’artiste d’avant-garde est roi, prêtre et prophète, échappant de ce fait à tout contrôle terrestre.


Entretien : Françoise de Céligny


Agrégé des Facultés de droit, diplômé de Sciences Po, Jean-Louis Harouel est professeur à Paris II. Auteur d'une douzaine de livres, il a notamment étudié en juriste l'histoire de l'Etat, de l'administration et de la ville. Par ailleurs, il est l'un des meilleurs connaisseurs de la pensée du grand économiste Jean Fourastié (Productivité et richesse des nations, Gallimard, 2005). Il est en outre spécialiste de sociologie de la culture (Culture et contre-cultures, PUF, 3e éd. 2002).


« La grande falsification. L’art contemporain »

Edition : Jean-Cyrille Godefroy

170 pages -15€

www.editionsjcgodefroy.fr

 

Par françoise de celigny
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Mardi 17 mars 2009
Les paradis secrets d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé,
ou le charme convenu de la bourgeoisie…





    La vente de la collection d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé met un point final à un parcours motivé par la recherche d’un certain art de vivre qui a débuté en 1970 et  aura duré plus de trente ans. Cette aventure commence au 55 rue de Babylone à Paris. C’est Pierre Bergé qui  trouvera ce duplex qui deviendra l’écrin et le refuge de ce couple incarnant, selon la presse unanime: « le bon goût » français. Pour pierre Bergé cet appartement est un vrai coup de chance :
« C’est un miracle ! Imaginez-vous que nous n’avons jamais touché à la décoration. Jamais ; c’est incroyable. A partir de 1966  on s’intéresse à l’art Déco et, en 1970 on trouve le plus beau des appartements Art déco ! Voilà qui s’appelle avoir de la chance… » S’en suivront d’autres lieux tout aussi prestigieux qui malgré leurs différences et leurs histoires particulières finiront par se ressembler sous la touche sensible d’Yves Saint Laurent : Le studio et les bureaux d’Yves Saint Laurent,  l’appartement rue Bonaparte avenue Marceau, le château Gabriel à Deauville, la villa Mabrouka à Tanger et enfin la villa Oasis à Marrakech.
    Ce sont Marie-Laure et Charles de Noailles, les célèbres collectionneurs et mécènes français, amis de Picasso et de Man Ray qui avaient suscité cette passion de l’Art déco à Yves Saint Laurent et qui influenceront ses choix picturaux.  Le vicomte et la vicomtesse possédaient des tableaux de Rubens, Van Dyck, Watteau, Goya, Delacroix, Braque, Klee et Picasso. Saint Laurent commença à appréhender auprès d’eux la notion du « chic » en observant la manière dont le couple faisait cohabiter des artistes anciens et modernes.
    Ce culte du goût partagé entre Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, ce besoin de s’entourer d’objets prestigieux n’a cessé d’évoluer vers un univers original et personnel bâti au fil des jours, comme un rempart face au monde extérieur. Ensemble, ils ont en effet manifesté une volonté commune de tisser autour d’eux un cocon de richesses et de beauté pour mieux préserver la fragilité de leur univers intérieur. Dans cette quête effrénée de perfection et de raffinement, ils ont tenté de maintenir certaines valeurs d’une époque révolue. Derrière cette frénésie d’amasser des d’objets, se cachait une part d’angoisse viscérale de vivre le moment présent, une peur de se confronter avec la réalité d’un monde en perpétuelle transformation.
C’est dans cette complicité d’esprit qu’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé ont élaboré une véritable mise en scène dédiée à la divinité esthétique. En parcourant du regard les photographies des différentes chambres, salons ou jardins de leurs demeures on pense parfois aux  ambiances viscontiennes dont Saint Laurent était admiratif. En cela, le prince de la mode rejoint souvent l’univers du prince de Salina , personnage magnifique du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, et héros du Guépard,  incarnant à lui seul une aristocratie de style et un attachement à une période en train de disparaître. Cette conscience de la fin d’un monde  déclenchant chez le prince un sentiment de tristesse se muant en une mélancolie chronique.
    Il est par ailleurs étonnant de constater à travers cette collection, le contraste qui existe entre le caractère novateur d’Yves Saint Laurent sacré en 1957 «  Prince de la mode » tant sa créativité symbolisait un esprit audacieux en rupture avec le passé, et la conformité de style présidant au choix de la décoration de ses résidences. La sobriété de ses vêtements, leurs coupes épurées incarnant l’élégance s’opposent en effet à la luxuriance et au conformisme de ses intérieurs, comme si les uns contrecarraient les autres. Et, si certains annoncent avec conviction que cette collection incarne « l’histoire du goût » français, il serait utile de définir avant tout ce qu’il est. Ce fameux « goût » semble en effet souvent se soumettre à un conformisme d’ordre social avant de céder à des critères d’harmonie ou de beauté. Le choix des tissus, sculptures et autres oeuvres d’art relève parfois plus d’un style de vie que d’un parti pris esthétique, malgré la rareté de l’ensemble. Force est de constater en effet que Saint Laurent qui s’est souvent distingué par ses audaces créatives, a dans le secret de son univers quotidien cédé à certaines séductions passéistes. À travers cette collection Saint Laurent et Pierre Bergé semblent donc bien plus appartenir à la caste d’une bourgeoisie classique qu’à la famille des artistes dit avant-gardistes.


Pour Pierre Bergé, cette vente était inévitable et ne correspond pas à une volonté de faire table rase du passé ou de disperser la collection. Son premier désir, dit-il :
« …était de construire une Fondation Saint Laurent afin de faire préserver cette part du patrimoine français. C’est le manque d’argent nécessaire à cette réalisation qui a fait avorter ce projet. » Il s’estime bien sûr, par ailleurs, satisfait du résultat de la vente : 375 millions d’euros, qui dépassent toutes les estimations (ceci malgré la crise). Ces fonds contribueront à soutenir la recherche sur le Sida et différents projets culturels qui lui tiennent à cœur. Le succès public (30 000 visiteurs) révèle l’intérêt des Français pour l’une des figures illustres de la haute couture. Les 700 œuvres d’art ont été partagées par 1700 personnes lors des enchères. C’est Beaubourg qui pour dix millions d’euros a emporté le tableau de Chirico, « Le revenant » ainsi qu’une sculpture africaine de Brancusi à 30 millions d’euros. Certaines œuvres ont doublé leurs estimations de départ comme une nature morte de Matisse qui a atteint les 36 millions d’euros. Le rythme de la vente s’est accéléré pour les objets d’art et meubles art déco, un fauteuil aux dragons des années 1910 d’Eileen Grey a atteint 22 millions d’euros.
    À l’énoncé de ces prix, on peut se demander comment, en ces temps de crise une vente peut atteindre de tels sommets d’enchères. C’est sans doute avant tout les noms prestigieux qui ont influencé les achats et déclenché les passions grâce à  la théâtralisation de la vente parfaitement orchestrée par les médias. Mais on peut pourtant être surpris par cette faculté que possède notre société de séparer à ce point le marché de l’art et l’économie d’un pays. Ce grand écart financier souligne le symptôme d’un malaise au sein du marché de l’art qui, on peut l’espérer tendra à retrouver un climat plus sain dans le futur, car il en va de la survie ainsi de « tous » les artistes contemporains qui sont les premiers concernés dans ce monde impitoyable où la spéculation gouverne. Ce que démontre cette vente en fin de compte c’est qu’en art actuellement tout est plus une « histoire d’argent » qu’une véritable  « histoire de goût ».

Françoise de Céligny
Par françoise de celigny
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Vendredi 13 mars 2009
DE MIRO à WARHOL
La collection Berardo
Musée de Luxembourg


    Le musée du Luxembourg propose de parcourir la collection de José Berardo,  entrepreneur Portugais ayant fait fortune en exerçant des activités dans le commerce de l’or, du vin, de la banque et de la communication. Collectionneur éclectique et passionné, il a toujours été animé d’un désir de faire partager au plus grand nombre le cheminement de ses découvertes artistiques.
Il souligne lui-même à propos de sa collection :
«  Elle est de niveau international et le reflet de mon opinion à savoir que l’art n’a pas de frontières. »
     Soixante quatorze œuvres sont présentées dans cette exposition qui s’articule autour des mouvements artistiques qui ont marqué le xxème siècle : Les recherches d’après guerre, le surréalisme, l’abstraction géométrique, l’abstraction lyrique, illustrés par des œuvres allant de Miro à Warhol en passant par Dali, Mondrian, Soulages, Schnabel, Pollock ou Picasso entre autres.
Ce parcours propose donc un voyage au sein des tendances artistiques majeures du siècle dernier et nous donne l’occasion grâce à une vision synthétique, d’observer la réalité de sa qualité, de sa profondeur et de son rayonnement esthétique.
L’on peut ainsi, sur les bases de la constatation d’une certaine évolution de l’art au cours du XXème siècle s’interroger sur celle qui lui succédera au cours du XXIème. Sur quel terrain en effet pourront éclore les œuvres futures ? Quel va être l’avenir de son potentiel créatif ? De quels courants les artistes actuels vont-ils s’inspirer ? Comment construire une création resplendissante de santé, d’idées et de merveilles poétiques en contemplant la réalité du siècle passé ? Peut-on et y a-t-il des choix à faire ?
De quelle nature sera le collectionneur de demain ? Messieurs Pinault et Arnault, collectionneurs reconnus de notre temps, sont-ils représentatifs de ce nouveau collectionneur contemporain ? Exercent-ils un réel choix et une possibilité de perception lucide parmi les œuvres proposées, ou bien sont-il influencés par des « tendances », une soumission à la mode, par un désir de se tenir dans les mouvances de la célébrité et d’un marché financier impitoyable ? Les œuvres les plus prisées de  Jeff Koons,  Jean-Pierre Raynaud, Richard Serra ou André Buren, pour ne citer qu’eux, sont-elles représentatives de l’héritage artistique que laissera le XXIème siècle ? Ces œuvres expriment-t-elles par ailleurs la véritable réalité créative de notre époque ?

Ce qui est dans l’ordre du temps n’est pas forcément dans l’ordre des choses…

Andy Warhol a été le premier artiste à exprimer la réalité mercantile d’un certain art dit « contemporain » en érigeant le produit de consommation en œuvre d’art, suivant ainsi les premières démarches conceptuelles de Marcel Duchamp.
Ces propos recueillis dans un livre d’entretiens paru en 1990, illustrent la complexité et l’ambiguïté de sa démarche entre désenchantement et provocation :
Question d’un journaliste :
«  Tu crois que le monde de l’art est fini ? »
Réponse d’Andy Warhol :
« Oh oui ! Peintre en bâtiment, ça vaut mieux. On gagne plus d’argent en peignant les maisons. Dix dollars de l’heure. »

Q : « Qui est l’artiste le plus riche au monde ? »
R : « Je parie qu’il y a beaucoup d’artistes dont personne n’a entendu parler qui font plus d’argent que n’importe qui. »…
Q : « Et Dali ? »
R : « Je ne crois pas qu’il suffise d’avoir son nom partout pour faire beaucoup d’argent »
Q : « Qui de toi ou de Dali est le plus célèbre ? »
R : «  Il y a Calder aussi. Et Miro est toujours vivant. »

Q : «  Penses-tu que Picasso était un businessman ?
R : «  Oui, je pense qu’il savait ce qu’il faisait. »
Q : «  Mais qui a inventé l’idée selon toi ? »
R : «  Les Américains après la guerre, je pense, et les galeries. Et à un moment donné, quelqu’un a commencé avec Picasso et ça a de plus en plus ressemblé à un produit. »
    Cette analyse d’Andy Warhol a le mérite d’indiquer avec lucidité la tendance significative qu’a pris l’art après la seconde guerre mondiale. Il semble que la mécanique d’un désenchantement des valeurs qui structuraient le monde de l’art s’est déclenchée alors et Andy Warhol, dans sa démarche de créateur, a choisi de prendre en marche le train d’une certaine déroute artistique, pour ne pas dire décadence, qui est passé devant lui avec son lot de séductions dangereuses.
    C’est ce grand bouleversement des critères fondant l’histoire de l’art que cette exposition livre à notre réflexion et nous incite à parfaire notre analyse à propos de la nécessité de préserver une certaine qualité créative vitale pour un avenir artistique digne de ce nom.
                        Françoise de Céligny
Par françoise de celigny
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Lundi 28 juillet 2008
Le sourire au bord des larmes…


    Ça piquote, là, juste là, ça monte, ça cherche à tout prix la sortie de secours !
Mince, la p’tite byciclette dans la tête, elle fait son bonhomme de chemin, à fond, des kilomètres ! En descente, ça roule encore tranquille, on regarde un peu le paysage, ça distrait un moment, mais les côtes !
    Saperlipopette, les côtes !
    Essoufflée, au bord de la syncope, mal au cœur !
Rien à faire ! C’est pas la pluie, c’est pas le soleil non plus, c’est fou tout ce que cela n’est pas ! Pourtant, il faut vite énumérer toutes les choses possibles, ou bien ça va déborder et, bien sûr, c’est pas le moment !
    C’est jamais le moment !
Vous avez demandé la permission ? Un peu de tenue, voyons ! On vous regarde…     Ah oui, tous ces gens, là, indifférents, oui, ils me voient.
M’en fous ! C’est pas moi qui décide, c’est cette vague à l’intérieure, cette tempête, que dis-je :un cyclone !
    Un tsunami sensible, que voulez-vous que j’y fasse ? Rien ! Rien ne peut retenir la force de l’eau, elle est plus puissante que tout, submerge, envahit, use, s’infiltre partout jusque dans les moindres interstices. Alors, comment faire pour lutter, hein ?!
    Rien.
Faut laisser faire, laisser couler, se rendre fluide, se soumettre à l’irréversible…
    D’ailleurs, il s’agit bien de cela. Ce flot, il vient bien de quelque part, non ?
Oui, bien sûr, évidemment, si l’on envisage les possibilités…
    Non ! C’est pas le moment vous dis-je !
    T’as vu la tête de la dame ! C’est la même que son chien, et son chien :
t’as vu sa gueule !
    Voilà, ça c’est bien !
Le sourire pointe le bout de son nez, qu’il a très joli d’ailleurs !
Fin, un peu en trompette, l’air insolent ! Et puis cette petite douceur de sucre qui se mélange aux larmes, c’est délicieux, ça rappelle l’enfance, un parfum de  barbe à papa, et aussi à maman, un sale goût de fin de dimanche, de cour de récréation, un chagrin par-dessus un éclat de rire, qui suit une tristesse, laisse percer un sourire entendu ou pas, chope une mélancolie au passage, réveille une douleur, qui…Stop !
    Pas par là !
Reviens, reviens…s’il te plait, reviens !
    Justement, t’es pas là…
    Je rame, je m’embrouille dans mes émotions acidulées, sucrées, salées, tout se mélange, et cela ne fait pas une recette. Il n’y en a pas. J’ai cherché. Si, si, je vous assure ! Ah, j’en ai lu des livres ! J’en ai écouté des versions !
    Une page sourire, une page en pleurs, une parole douce, une parole acerbe,     Ça recommence !
Pas de consolation, ni de consolateur, faut se débrouiller tout seul.
    « Un p'tit sourire, Madame, c’est déjà quelque chose… »
    Pas envie !
Ça ne se commande pas, ça va, ça vient, ça n’en fait qu’à sa tête !
C’est pas la pluie, c’est pas le soleil non plus…

    C’est….toi !
C’est l’existence…
C’est la même chose.
     


Par françoise de celigny
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Mercredi 23 juillet 2008
« Traces du Sacré »
Les preuves du désenchantement…


    Si cette exposition réunissant les différents mouvements et créations du XXe siècle ayant des liens avec la question fondamentale du Sacré, est bienvenue en ce qui concerne son initiative et sa présentation, son annonce aurait sans doute mérité le mot « empreintes » à la place du terme « traces » du sacré. Ce choix révèle en effet le trouble symptomatique de la pensée culturelle actuelle, en exprimant une frilosité chronique et prudente vis-à-vis d’un sujet qui demande un investissement de conviction minimum. Confirmant cette constatation, la diversité des œuvres exposées ne parvient pas à dissimuler une ambiguïté concernant le contenu et le sens donné au mot de sacré.
    Sous le prétexte de montrer les multiples facettes des recherches artistiques face à ce sujet délicat, de l’ensemble se dégage une sorte de « soupe » « philosophicoartistique », où l’on pourrait mélanger à peu près tout et n’importe quoi allant du sublime jusqu’à l’expression d’un vide abyssin. Ce qui provoque une confusion  à la fois sur le plan esthétique et sur la définition du mot « sacré ».
    Mais peut-être, est-ce là un choix délibéré des commissaires? Malheureusement cette orientation en « survol » provoque quelques erreurs d’associations dans la confrontation entre les créateurs et les mouvements, et ceci, afin de, selon le communiqué de presse : « …mettre en valeur la rémanence du rapport au sacré dans le questionnement artistique actuel. »
Mais, comment reconnaître cette mise en valeur dans une présentation qui relève du genre « bazar » érudit.  Le résultat n’est pas à la hauteur des promesses annoncées. C’est ainsi que Rudolf Steiner se retrouve associé à Gurdjieff, Picasso en compagnie de Caspar Friedrich, Joseph Beuys voisine Kupka et Bacon face à Fontana créant un amalgame déroutant.  Le prétexte cherchant à montrer le lien de « questionnement » entre tous ces créateurs ne dévoile en fin de compte qu’une réalité : celle d’une interrogation constante des créateurs, mais n’explique en rien leurs motivations et leurs spécificités fondamentales.
Revenons au titre de l’exposition « traces du sacré »
    Selon les termes d’A. Pacquement, directeur du musée national d’art Moderne et commissaire de l’exposition (avec Jean de Loisy et Angela Lampe, conservatrice au Musée national d’art moderne), dans un entretien avec le journal « Connaissance des Arts » :
«  L’état actuel des recherches est sans aucun doute propice à une relecture de l’art occidental du XXème siècle à l’aune du spirituel… »
Faudrait-il pour cela donner quelques clés indispensables à cette relecture.
    La suite de cet entretien nous renseigne sur le choix du terme « traces »
« Ce titre est extrait d’un poème de Friedrich Höderling :
«… Car il demeure et apporte lui-même la trace des dieux enfuis,  aux abandonnés de Dieu plongés dans les ténèbres. » Je suis très attaché (poursuit A. Pacquement),  à ce terme de trace, car il révèle la dimension fragile et fugitive du sacré chez les artistes du XXième siècle. Il ne s’agit pas, et j’insiste sur ce point, d’une exposition sur Dieu ou l’art sacré, même si ce sujet ne pouvait évidemment être éludé . »
    Il s’agit donc d’éviter à tout prix la moindre possibilité d’établir des liens avec des notions à consonance apparemment dangereuse comme celles de « religieux » et même de « sacré », malgré le titre l’exposition. Plus encore de confirmer : « …la fragile et fugitive trace du sacré… », même si par ailleurs A. Pacquement ajoute : « Des créateurs aussi différents que Nitsch ou Bill Viola, par exemple, considèrent que le sacré structure notre inconscient et que tout artiste en porte la trace. Le parcours suit l’évolution des croyances à travers une vingtaine de thèmes, du retrait de Dieu exprimé par les artistes romantiques à l’invention de « l’homme nouveau » chez les artistes d’avant-garde, de l’écroulement des utopies après la guerre de 1914 à cette quête de béatitude et de transformation intérieure que prône la Beat génération. » 
    Le titre annonce les traces du sacré, mais refuse de les définir, sinon par leur retrait ou le sentiment de désenchantement qu’ils évoquent, ce qui crée par ailleurs une confusion entre les termes « croyance », « religieux » et « sacré ».
    Cette optique laisse donc la porte ouverte à toutes les interprétations, à toutes les divagations, favorisant un flou métaphysique, qui en fin de compte et fort heureusement démontre encore mieux, par opposition, la puissance de la dimension du sacré dans l’art. Certains voisinages d’œuvres révélant en effet d’autant mieux la puissance de la présence du sacré dans l’intention de certains artistes. L’on ressent, grâce et par cette confrontation parfois détonante et avec d’autant plus de lucidité, celles qui sont animées de cette spiritualité libre et profonde et celles qui cherchent dans ce prétexte d’inspiration, un esthétisme narcissique ou intellectuel, sombrant dans la tentation du néant. Cet effet de miroir, même accidentel, manifeste d’autant plus la force de transcendance d’une émotion spirituelle authentique.
    Saluons donc cette initiative, car elle témoigne de la présence incontestable au cœur des inspirations des artistes de tous mouvements, d’une lutte constante contre la tentation du néant. Visiblement, une émotion spirituelle a, de tout temps cherché à éclore, à naître et à s’exprimer en permanence par le véhicule sensible et irrationnel de l’art, même si elle a parfois suivi des chemins troubles et stériles,  avec la constatation flagrante d’une perte de la relation au sacré augmentant de manière spectaculaire  plus on se rapproche de la fin du XXème siècle.  
 Jean Bazaine, historien de l’art, résume dans son livre : « Le temps de la peinture », la position de l’homme moderne face à la création artistique :
« Nous sommes devenus plus impressionnables que sensibles : nerveux, vulnérables, au moindre choc, mais pas assez perdus dans l’énorme présence des choses. Nous n’aimons pas nous mouiller et ceux qui s’y risquent savent trop bien nager : la peinture a besoin d’hommes qui se noient. Que le peintre oublie parfois cet oeil de spécialisé et son déclic, cet œil trop lucide, trop intellectualisé, piège à arbres et à visages, pour se souvenir qu’il voit aussi, et plus loin, avec tout son corps. Qu’il retrouve dans le formulé, le mystère et la puissance d’envoûtement de l’informulé. »

    Des toiles inspirées de Caspar Friedrich à la voyance de Goya et de Hugo, de la tentative  désespérée et si humaine de Bacon en passant par la lucidité d’Odilon Redon, par l’humour insolent de Man Ray et par les divagations de Robert Filliou et les concepts alambiqués de Malévitch, cette exposition veut nous convier à une aventure intérieure passionnante. Cependant avec ses défauts et ses contradictions, si elle permet à certains de recentrer leur réflexion face au sacré, à d’autres elle fait obstacle à ce cheminement par une approche à la fois ambitieuse sur le plan du discours et parfois approximative dans ses affirmations.
    Est-ce le propos d’une exposition de créer un tel malaise ?

Du 7 mai au 11 août 2008.
Centre Georges-Pompidou,
75004 Paris.
Galerie 1, niveau 6
www.centrepompidou.fr
Tel : 01 44 78 12 33
Métro : Hôtel de Ville, Rambuteau.

Exposition ouverte tous les jours, sauf le mardi, de 11h à 22h,
Nocturnes le jeudi jusqu’à 23h.
Par françoise de celigny
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